Le temps de la parenthèse

Zèbre dans la savane

Je me trouvais à un événement il y a de ça quelques semaines et une personne que je ne soupçonnais pas de lire mon blog m’a demandé si je l’avais arrêté. Un peu prise au dépourvu, ma brève réplique a été que je n’avais pas publié depuis « un certain temps », en effet.

L’écriture, toute écriture, reste une audace et un courage. Et représente un énorme travail.1

C’est drôle comme on est parfois mis face à une réalité que l’on sait mais que l’on choisit pourtant délibérément d’ignorer pour toutes sortes de raisons. Il est vrai que la question de continuer ou non a toujours été une constante dans mon esprit. Il est aussi vrai que j’ai manqué de temps, d’envie spontanée et donc d’occasions d’aller au bout des choses. Mais était-ce la vraie raison ?

L’aventure d’une écriture

Mon blog est né d’un besoin quasi primaire de me libérer de tout ce qui me pesait et m’asphyxiait dans une vie que j’avais décidé de ne plus subir. J’ai fait le choix d’écrire avec pour seule ambition de le faire pour moi (être ou ne pas être lue m’importait peu).

Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera.2

Je me trouvais alors à un tournant où la révolte, le refus de l’injustice et le cri du cœur pour un changement radical allaient devenir mon opium. J’avais des choses à dire et ce, bien avant que l’on me fasse remarquer que mon regard sur le monde était à part et que mon avis — dénué de toute volonté de plaire à un standard, une époque, une tendance ou qui que ce soit — avait sa place sur cette toile.

De cette légitimité d’emprunt sont nés 60 articles qui ont fait sourire, compatir, amusé ou encore ému bon nombre de gens. J’étais à mille lieues d’imaginer un tel engouement pour quelque chose qui se voulait anonyme et, de fait, noyé dans la masse des blogueurs et blogueuses du dimanche.

Certains m’ont préconisé de me convertir au panurgisme3 des temps modernes en cherchant à me conformer à leur idée de ce qu’était le blogging, à savoir multiplier les vues, les commentaires et surtout, en vivre ! (sacré graal.) Ma réponse a toujours été de rester en accord avec moi-même, fidèle aux valeurs qui résonnent en moi. Après tout, l’histoire est partie de moi sans tourner autour de moi, World of Cycy ne se rapportant pas uniquement à un monde qui m’est propre. Mon intention a toujours été de transmettre une forme d’universalité sous-jacente au monde tel que je le ressens.

Ai-je encore des choses à dire ?

Beaucoup de choses se sont passées depuis mon premier article en 2015 au point que je me suis souvent demandé s’il me restait encore mon mot à dire. Et plus le laps de temps entre mes publications s’allongeait, plus ce questionnement s’intensifiait. Puis, j’ai réalisé que la difficulté ne résidait pas tant dans les choses à dire — les idées, ça va ça vient — mais plutôt dans les aléas et la préservation de ce feu intérieur qui m’a toujours animée. J’ai toujours eu à cœur que mon blog soit le reflet de ma réflexion sur le monde et non une caricature de blog dont le but ultime serait de m’élever au rang de « blogueuse » au sens où tout le monde l’entend de nos jours (terme que je n’ai jamais assumé soit dit en passant).

Je suis fière d’être allée au bout de cette pulsion de vie qui m’a portée depuis le jour un. Et cette satisfaction ne saurait en aucun cas se résumer à une échelle de notoriété ou à un nombre de followers comme certains voudraient nous le faire croire. Il s’agissait avant tout d’une initiative personnelle qui a eu du sens à un moment décisif et qui m’a apporté énormément à tous égards. Pour rien au monde je ne regretterais cette belle aventure.

Ce n’est qu’un au revoir…

Me voilà de nouveau à la croisée des chemins. Après une longue période d’introspection et de remise en question, j’ai fait une découverte qui est en passe de transformer le cours de ma vie telle que je l’ai toujours connue. Il va sans dire que j’aurai besoin de toute ma tranquillité intérieure pour embrasser ces nouveaux chemins qui s’ouvrent à moi.

Je ne dis pas que je ne reviendrai pas, bien que j’aie le sentiment que la boucle est bouclée. J’ai eu la chance d’apporter ma contribution — eut-elle été modeste — à la toile et je suis reconnaissante envers tous ceux et celles qui se sont retrouvés dans ou sentis concernés voire touchés par mes articles. Merci à chacun d’entre vous !

J’éprouve simplement le besoin de mettre certaines choses entre parenthèses pour me consacrer entièrement à cultiver ce jardin dont parlait Voltaire dans les dernières lignes de Candide et canaliser ainsi mon énergie dans une direction qui a du sens pour moi aujourd’hui. Il m’aura fallu attendre 31 ans pour goûter au bonheur d’être enfin moi. Et pour moi, le bonheur est dans l’ici et maintenant.

Il est tellement important de laisser certaines choses disparaître. De s’en défaire, de s’en libérer. Il faut comprendre que personne ne joue avec des cartes truquées. Parfois on gagne, parfois on perd. N’attendez pas que l’on vous rende quelque chose, n’attendez pas que l’on comprenne votre amour. Vous devez clore des cycles, non par fierté, par orgueil ou par incapacité, mais simplement parce que ce qui précède n’a plus sa place dans votre vie. Faites le ménage, secouez la poussière, fermez la porte, changez de disque. Cessez d’être ce que vous étiez et devenez ce que vous êtes.4

Continuerai-je l’expérience ou renaîtrai-je dans un nouvel espace de liberté et de bienveillance ? Seul le temps nous le dira !

1 Michèle Mailhot, La vie arrachée : cahiers – Les éditions la presse, 1984

Marguerite Duras, Écrire – Éditions Gallimard, 1995

3 PANURGISME, subst. masc. Rare. [P. réf. aux moutons de Panurge dans le Quart livre de Rabelais] Comportement de celui qui imite aveuglément, parfois à ses dépens, ce qu’il voit faire par autrui. – CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales)

Paulo Coelho, Le Zahir – Éditions Flammarion, 2005

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