La blogueuse et le chat

Lundi : Stupeur et tremblements

Comme chaque matin depuis bientôt deux mois, je me fais violence en empruntant le désormais célèbre Sentier des fosses rouges (rebaptisé depuis la « Rue des chats ») pour me rendre à mon travail. Ce détour à visée thérapeutique relève plus du parcours du combattant que de la promenade de santé, mais c’est à ce jour le seul moyen que j’ai trouvé pour affronter ma peur des chats et arriver peut-être un jour à la vaincre (l’espoir fait vivre !).

A l’approche de la Rue des chats, tous mes sens sont en alerte et mon radar en puissance maximale. Je suis parée pour l’action, prête à bondir ou à courir si la situation le nécessite. Et aujourd’hui, c’est mon « jour de chance ». J’en aperçois un au loin. Il est posté sur le toit qui se trouve juste avant la « finish line » et ressemble à s’y méprendre à celle que je me plais à appeler « La chatte sur le toit brûlant » (pourquoi « elle » plutôt que « il » ? Allez savoir). J’enclenche la 3e pour en finir au plus vite et là, je me rends compte en passant qu’il s’agit d’un imposteur. Ce chat-là a quelque chose de perfide dans le regard avec une tête à la Lucifer1.

Il me glace le sang. Je ne le quitte pas des yeux et prie très fort pour qu’il ne me saute pas dans les cheveux ou une bizarrerie du genre. Jambes tremblotantes, je rase le mur de gauche qui me semble interminable. J’entends finalement le bruit des voitures. La civilisation se rapproche, le bout du tunnel aussi ! J’y suis presque quand je réalise que monsieur n’a pas bougé d’un iota, bien trop feignant pour daigner remarquer ma présence. Le bad !

Mardi : Crime et châtiment

Je ne suis pas seule cette fois (alléluia). Je guette derrière moi, puis devant : la voie est libre. Enfin, elle l’était jusqu’à ce que Gaston2 déboule. Dieu merci, comme d’habitude, il passe son chemin. Celui-là ne me dérange pas plus que ça, parce qu’il est noir et blanc déjà (donc visuellement supportable pour moi) et qu’il connaît les limites à respecter, lui ! C’est loin d’être le cas de celui que j’ai surnommé « Le grisou », un peu trop jeune (et con) à mon goût, mais ça c’est une autre histoire.

Je découvre six pas plus loin, à ma grande surprise, que Gaston a un frère jumeau au pelage inversé qui n’a rien trouvé de mieux à faire que de se pavaner tel un coq dans une basse cour. Et moi qui croyais que faire le beau était réservé à nos amis les chiens.

J’ai à peine le temps de me remettre de cette double dose de frayeur que j’entrevois une autre boule de poils s’agiter derrière le muret (crotte !). C’est la fin des haricots. Je vais, une fois de plus, devoir mettre ma fierté de côté et courir en toute discrétion pour sortir la tête haute de ce traquenard.

Simple coïncidence ou karma (mon non-amour des chats pourrait me valoir une condamnation au bûcher devant les hautes instances félines) ? J’ai eu la désagréable sensation de payer pour toutes ces semaines de tranquillité que j’avais miraculeusement réussi à cumuler depuis la rentrée.

Mercredi : Le Pacha

RAS. Je retrouve enfin la sérénité des jours sans. Les cinéastes dans ma tête (scénarios à chats multiples obligent) peuvent eux aussi souffler. Cette traversée s’annonce plus reposante (alléluia bis : je commence à me dire qu’il y a une justice quand même). Un chat de plus et j’envoyais tout valser. Au diable ma thérapie ! OK, j’ai  les nerfs plutôt solides, mais faut pas pousser mémé dans les orties.

Jeudi : Les nerfs à vif

J’arrive plus tard aujourd’hui. J’appréhende dès la sortie du métro, car arrivée tardive rime souvent avec moment de solitude, qui rime lui-même avec lâcheté et rebroussage de chemin. Je me dis parfois que je m’en tirerais sûrement mieux avec une arachnophobie (peur des araignées). Au moins, on n’en croise pas à tous les coins de rue ni à toute heure de la journée !

Vendredi : La charge héroïque

Je ne rentre pas seule. J’ai un bras salvateur auquel m’accrocher, une épaule sur laquelle me reposer, un chevalier au grand cœur qui saura repousser le danger s’il le faut. Je peux souffler.

Il y a des jours où je me demande pourquoi je m’inflige tout ça. C’est vrai, rien ne m’y oblige. Bien sûr, je pourrais faire le tour et prendre la grande avenue comme tout le monde, mais le sentiment de bravitude et de catisfaction personnelle prend le pas sur tout. J’en suis fière.

Suivre un chat du regard, le sentir passer à côté de moi, le laisser m’approcher même de loin, jamais je ne m’en serais cru capable. Et pourtant, regardez-moi aujourd’hui ! Encore loin du compte, mais courageuse et téméraire, j’ai choisi d’affronter ma peur (avec les moyens du bord) et de me délester petit à petit de ma tétanie.

Toujours prise aux tripes par moments, souvent déstabilisée, parfois accablée par le ridicule de ces faces à faces angoissants, je sais que la route est longue. C’est le prix à payer pour ma délivrance et un jour c’est sûr, j’y arriverai !

Rue des fosses rouges, Malakoff

 

1 Le chat dans Cendrillon
2 Surnom du chat noir et blanc de mon enfance qui avait élu domicile dans notre jardin

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